Cette année, Anuncio sera en marche autour du thème de la miséricorde. Nous entendons souvent parler de la miséricorde de Dieu, que l’on n’a jamais fini de saisir et de goûter. Mais qu’en est-il de la miséricorde que nous avons pour nous-mêmes ?
Je m’explique.
Revenons en arrière. Rappelle-toi, la dernière fois que tu t’es planté. Bien comme il faut. Prenons le truc que t’arrives pas ou peu à combattre, et qui t’es arrivé pour la nième fois. BIM ! En plein dans le mille Emile.
Tu t’es dis que de toute façon c’était peine perdue, on est comme on est, on ne changera pas. Et puis au regard du Bon Dieu, t’as choisi l’option « Adam file dans ta chambre », et t’es parti te cacher dans le jardin, de peur que Son regard ne vienne te condamner. Enfin, à cela s’est rajouté une bonne couche de désaffection pour toi-même, t’es définitivement un(e) gros(se) naze.
Même si c’est bien mystérieux, nous faisons précisément le mal que nous haïssons. Nous visons exactement là où l’on aurait bien voulu ne pas aller. Et comme j’ai fait ce que je déteste, je me déteste.
Nous sommes trop souvent impitoyables envers nous-mêmes. Nous nous proclamons notre propre juge, et nous endurcissons notre cœur, à coup de lourdes condamnations sur ce que nous sommes. Nous ne valons pas grand-chose, c’est comme cela que nous l’entendons.
Mais souvenons-nous de ses paroles… « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta âme, et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même ». Ce sont les deux commandements les plus importants nous dit Jésus. (Matthieu 22)
Aurait-on peur de permettre à Dieu de poser son regard sur nous, et de le laisser nous dire par la bouche d’Isaïe : « tu as du prix à mes yeux, et je t’aime. » (Is. 43, 4) ? Trop facile… ou peut-être trop dur ? Il nous faut laisser résonner en nous ces paroles de miséricorde.
Le Père n’attend pas pour pardonner son fils prodigue. Il n’attend pas, il se précipite même. Et comme il n’est pas en reste de joie, il organise une fête pour lui.
Pensons-nous que ce soit différent lorsque nous lui demandons pardon ? Faut-il donc se morfondre, continuer de s’accabler et de se lamenter sur notre pauvre condition ? Ou se joindre à la fête, et accepter humblement et avec joie cet amour qui jette bien loin de nous notre péché. Car c’est sans doute le lieu par excellence de notre rencontre avec Dieu.
« Nous avons besoin d’un ange de miséricorde, qui désarme en nous le juge intérieur et qui comble notre cœur d’un amour de tendresse. » disait Anselm Grün².
Jésus le savait bien, si l’on ne s’aime pas, on ne peut pas L’aimer ni notre prochain. On peut les respecter tout au mieux, et tenter de faire « le moins pire ». Mais son Amour nous entraîne à beaucoup plus d’amour.
Il faudrait apprendre à se traiter avec bonté, apprendre à être miséricordieux avec soi, pour être pleinement à notre tour miséricordieux envers les autres.
Comme si chaque matin on prenait du temps pour choisir notre parfum, celui qui nous plaît le plus. Car il nous donnera le bonheur de sentir bon, et par là même nous apportera une fraîcheur qui dilatera les narines et le cœur de ceux qui nous entourent, et auront la joie d’être proches de nous.
« Il est plus facile que l’on croit de se haïr. La grâce est de s’oublier. Mais si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s’aimer humblement soi-même, comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ. » Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne.
Voilà encore une bonne nouvelle que le monde aurait probablement besoin d’entendre…



